Mes chers bichons,

Aujourd’hui, on part à la rencontre d’Alan et Marcella, qui gèrent l’une des vingt Ruches de Berlin, dans le quartier de Moabit. Leur boulot, c’est de : sélectionner des producteurs et artisans locaux, chapeauter la vente des denrées à travers la plateforme en ligne de la Ruche qui dit Oui !, accueillir les producteurs et les clients à l’endroit dédié et s’assurer du bon fonctionnement des opération.

En tant que client, c’est très simple : vous planifiez vos achats pour la semaine, vous payez en ligne et vous venez chercher vos courses au point de collecte que vous avez choisi. Cette initiative française, qui s’étend désormais à plusieurs pays en Europe, permet aux producteurs locaux de recevoir une compensation équitable pour leur travail. Qu’il s’agisse de fruits et légumes, ou de produits carnés ou laitiers, la qualité est toujours au rendez-vous.

Allez, voyons ce que ces deux loulous ont à nous dire !

Pour des raisons de confidentialité, certains noms ont été modifiés.

Hôtes à la Ruche qui dit Oui !

Mention spéciale pour le pied de Marcella qui dépasse. Tout en souplesse !

OdG : Comment avez-vous entendu parler de la Ruche qui dit Oui ! ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous impliquer ?

Marcella : Il y a quelques années de ça, on était nous-mêmes clients à Wedding, un quartier au nord de Berlin. On adorait vraiment l’idée de pouvoir acheter directement aux producteurs, mais malheureusement, c’était un peu loin. En plus, quand on recevait les notifications de nouvelles ventes par courriel, on avait tendance à les survoler et ne rien acheter. Et puis un jour, les responsables des Ruches de Berlin ont fait passer une annonce : ils cherchaient de nouveaux hôtes pour une nouvelle Ruche qui allait ouvrir dans notre quartier.

Alan : On s’est dit « Pourquoi pas nous ? ». Alors on a postulé. Quand je dis qu’on a postulé, c’est qu’on a dû écrire une lettre de motivation et passer un entretien, comme pour un nouveau travail. On n’avait pas réalisé que deux autres personnes avaient aussi tenté le coup… Et c’est finalement nous qu’ils ont choisi ! Il faut croire qu’ils ont dû apprécier le fait qu’on aime autant faire la cuisine. En gros, moi je cuisine, et c’est elle qui mange. Je crois que je tiens cette passion de ma mère : elle a été la première femme d’Irlande à recevoir une étoile Michelin ! Du coup, pendant toute mon enfance, j’ai été en contact avec le milieu de la restauration. Mais en réalité, je ne cuisine pas aussi bien qu’elle… Je suis plus dans le style Jamie Oliver : on mélange un peu tout, on ajoute une pincée de telle épice, on enfourne le bouzin et tadam on obtient un super plat !

OdG : Être un hôte, c’est salarié ou bénévole ?

Marcella : En tant qu’hôtes, on reçoit un petit pourcentage proportionnel à ce que les gens achètent. Quand les gens ne commandent pas beaucoup, on limite nos achats, mais quand quelqu’un prend un gros bout de viande, là on se fait plaisir ! Alan tient absolument à tout essayer. À quoi ça sert d’être un super cuistot si on n’a pas accès à toute une flopée d’ingrédients, hein ? Du coup, on teste régulièrement de nouveaux produits dans nos recette et on arrive souvent à des résultats surprenants.

Alan : Je crois qu’un des meilleurs trucs qu’on ait essayé, c’est la tartinade de noix noires. On en a essayé avec du fromage et dans la salade… Ils nous ont dit qu’avec de la glace à la vanille, c’est absolument incroyable. Il va vraiment falloir qu’on essaye.

OdG : À l’heure actuelle, quels types de produits peut-on acheter à la Ruche ?

Marcella : C’est très varié. On a une super maraîchère qui nous fournit en légumes bios chaque semaine. Pour les produits carnés, trois éleveurs proposent du gibier (sauvage), du bœuf, ainsi que de l’agneau et du porc. Deux boulangers permettent de faire le plein de pains et de viennoiseries. D’autres producteurs qui ne viennent qu’une fois par mois proposent du vin, de l’huile d’olive ou encore des dattes séchées… Au total, on a quelque chose comme 12 à 15 producteurs. Certains, comme celui qui vend des poissons fumés, ne peuvent pas venir régulièrement : il ne propose que des produits de saison. Donc par exemple, quand la rivière est gelée, il ne peut pas pêcher. J’aime beaucoup cette particularité parce que ça garantit des produits de qualité, mais c’est un peu difficile à planifier.

 

OdG : Savez-vous comment travaillent les producteurs à leurs fermes et ateliers ?

Marcella : Absolument. On y accorde beaucoup d’importance. Ils ont tous des méthodes très respectueuses et apprécient beaucoup leur travail. Par exemple, j’adore la manière dont Volker, l’éleveur de cochons et de moutons, travaille. Quand une de ses truies ou de ses brebis va bientôt mettre bas, il la met à l’abri dans la grange pour ne pas qu’elle se fasse attaquer par des sangliers. Mais en plus de ça, il vient la voir tous les jours pour qu’elle l’accepte mieux, et qu’il puisse les aider à mettre bas sans la stresser. Il est vraiment très très méticuleux et attentionné envers ses animaux. Pour tout vous dire, j’ai même passé une grosse commande pour une fête de fin d’année chez lui (Marcella a organisé une fête pour 300 personnes !), parce que j’ai confiance en ses méthodes et que je sais d’où provient sa viande.

Sinon, Katja bénéficie d’un sacré coup de main grâce à une association d’agriculture solidaire. Tout ceux qui ont pris un abonnement chez elle doivent en échange l’aider au moins une fois dans l’année pour les récoltes ou pour s’occuper de la ferme. C’est grâce à cet échange de bons procédés qu’elle a réussi à faire pousser tous ses vergers. Vous pouvez même sponsoriser un arbre pour 25 € et en échange, dès qu’il commence à faire des fruits, vous recevez une boîte de 10 à 15 kg de fruits pour l’année. En plus, elle collabore avec cette entreprise qui fabrique du compost à base de couches usagées (Oui, ça peut paraître un peu dégoûtant.) qui donne un excellent engrais, et qui est une ressource pour ainsi dire intarissable.

Alan : À ce propos : on va lancer un financement participatif d’ici à la fin de l’été, pour lui permettre de convertir sa vieille grange en serre, afin qu’elle puisse faire pousser des fruits et légumes plus exotiques toute l’année (des mangues, des melons, etc.) !

OdG : Est-ce que vos producteurs ne vendent que par la Ruche, ou ont-ils aussi leur propre magasin ?

Marcella : Je crois que tous nos producteurs fréquentent aussi d’autres Ruches à travers Berlin. Je sais que certains d’entre eux vont à celle du quartier de Neukölln, qui a lieu juste avant la nôtre. C’est pratique pour eux de pouvoir en faire deux, voire trois d’un coup.

Alan :  Parce qu’il faut savoir qu’ils sont limités à trois Ruches par semaine. Ils n’ont pas le droit d’en faire plus.

Marcella : À part les Ruches, Volker, l’éleveur de moutons et de cochons, a un petit magasin à sa ferme. Il y vend sa viande, mais aussi des confitures fabriquées à partir des arbres fruitiers qui poussent dans les environs. Si vous voulez vous évader un peu, vous pouvez même aller visiter sa ferme et passer une nuit sur place. Katja, elle, fait partie de cette association d’agriculture solidaire dont on parlait plus tôt : ce qui veut dire que les gens qui participent payent un montant fixe toutes les semaines ou toutes les deux semaines, en fonction de l’option qu’ils ont choisie.

OdG : En quoi la Ruche qui dit Oui ! se démarque-t-elle de distributeurs de produits frais comme HelloFresh ?

Marcella : Tout d’abord, leur concept me semble un peu contestable : je trouve ça problématique qu’on ait la possibilité de recevoir des caisses contenant des pommes de Nouvelle-Zélande ou des avocats du Pérou en plein milieu de l’été… Pour les avocats, okay je comprends : ils ne poussent pas par ici. Mais à la grande limite, autant en prendre d’Espagne.

Alan : Je suis tout à fait d’accord. Si c’est aussi facile de se procurer des fruits et légumes importés qui poussent aussi en Allemagne, ça devrait être d’autant plus facile d’en avoir qui viennent d’Europe (France, Espagne ou Italie). À mon sens, on ne devrait pas aller plus loin.

Marcella : Après, je trouve qu’il y a certains cas spécifiques. Par exemple, une fois par mois, on a des artisans qui viennent vendre leur maté*. Ils doivent l’importer d’Amérique du Sud parce qu’il ne pousse pas par ici, bien évidemment. Mais dans leur cas, ils s’assurent de ne traiter qu’avec des coopératives locales où les agriculteurs reçoivent un salaire juste et travaillent dans de bonnes conditions. En plus, même si la récolte est mauvaise à cause d’intempéries ou autres incidents, les fermiers seront quand même payés. Ils s’assurent également de n’importer qu’en petites quantités afin de limiter l’impact environnemental dû au transport. Là où je veux en venir avec cet exemple, c’est que je comprends que parfois, il est nécessaire d’avoir recours à l’import, mais qu’il faudrait le limiter autant que possible. À quoi ça sert de pouvoir acheter des pommes de Nouvelle-Zélande alors qu’il en pousse des tonnes en Allemagne, en Pologne ou en France ?

Alan : Carrément ! C’est un peu pareil avec le bœuf argentin : c’est super bon, mais du bœuf, il y en a partout en Europe. Prenez le bœuf irlandais… c’est tellement bon ! Alors pourquoi il faut qu’ils aillent le faire venir de pétaouchnoque alors qu’on a d’excellents steaks en Europe. On trouve même de l’excellent bœuf français, nom de nom !

Marcella : Tant qu’on parle de l’import, il y a un autre sujet que j’aimerais aborder : qu’on produise de la nourriture en masse ici ou à l’autre bout du monde, c’est tout aussi aberrant et inhumain. C’est pour ça que par exemple, je soutiens le travail de cette petite coopérative en Espagne qui produit des avocats et de l’huile d’olive, parce qu’elle permet à ce petit village auto-suffisant dont elle dépend de prospérer. On collabore aussi avec ce petit producteur grec. Lui, il ne travaille même pas avec des coopératives : c’est directement sa famille qui s’occupe de récolter à la main les olives et autres herbes. Du coup, je comprends que le transport représente souvent un problème, mais je trouve qu’il est tout aussi important de savoir comment sont fabriqués les produits qu’on achète. Les dattes de Tunisie que l’on propose viennent également d’un village auto-suffisant. Là-bas, la plus grosse partie de la production est soit directement utilisée par les habitants, soit vendue dans la région. Le reste, une infime partie, est exportée pour subvenir aux besoins du village.

OdG : Vous parlez des avocats de la coop en Espagne. Est-ce que vous mangez beaucoup d’avocats ?

Marcella : Oh là là, non. Ça fait plus d’un an qu’on n’en a pas mangés. J’aimerais tellement pouvoir en avoir plus parce que c’est tellement bon, mais comme pour toutes ces superfoods, je me sens si mal à l’idée d’en manger… À la Ruche, Dana a fait venir 5 kilos d’avocats de la petite coopérative en Espagne. On s’est dit qu’on allait peut-être avoir la chance d’en avoir, mais ils sont partis avant qu’on ait eu le temps d’ouvrir la page !


En quelques mots…

En adhérant à des organisations comme la Ruche qui dit Oui !, les AMAP près de chez vous ou encore les épiceries participatives (La Louve à Paris, SuperQuinquin à Lille), vous apportez votre soutien aux producteurs sur plusieurs plan.

Un soutien économique : Vous aidez les producteurs à ne pas vendre leur production à des grandes chaînes : ils reçoivent une compensation proportionnelle à leur travail et ne jettent pas les produits non-calibrés. Grâce au circuit court, vous faites vos courses à échelle humaine. On oublie tous ces intermédiaires imposés par les diverses phases de transport et de distribution.

Un soutien écologique : Vous réduisez drastiquement l’impact carbone. Pas d’avion, pas de transport dédié spécialement à l’acheminement de la nourriture. Et en bonus, vous endiguez l’appauvrissement des sols.

Un soutien à l’agriculture biologique : Les producteurs n’utilisent pas d’engrais chimiques et les éleveurs prennent soin de leurs bêtes. Concernant la différence de goût – et donc d’apport en nutriments, y’a pas photo ! Les carottes et les tomates sont sucrées, les animaux n’ingèrent pas de médicaments et de vitamines complémentaires.

Je suis moi-même cliente régulière à la Ruche depuis un bon moment. Comme Alan et Marcella au début, je laissais passer les courriels me notifiant de nouvelles ventes sans trop regarder. Hé ben si j’avais su, j’aurais fait plus attention ! Indépendamment de l’entretien, voici donc mon avis purement personnel sur la Ruche de mon quartier.

Ce qui est génial :

  • Une ambiance intime et conviviale : on parle ouvertement aux producteurs, on rigole, on apprend des choses. En bref, rien à voir avec l’aspect impersonnel et corvée du supermarché.
  • La plupart des producteurs vendent leurs produits à un prix juste, qui leur permet de pérenniser leurs exploitations et d’explorer de nouvelles alternatives.
  • Les produits carnés sont emballés dans des pochettes sous-vide en plastique. Souvent surgelées, ils sont très pratiques à conserver !

Mes suggestions :

  • Le prix de certains produits peuvent sembler un peu élevés. Mais voilà : grâce à ce système, c’est très simple de planifier ses achats pour la semaine. Vous limitez ainsi le gaspillage et les déchets, et vous mangez de tout en quantité raisonnable.
  • Contrairement à la viande, qui pour des raisons sanitaires a besoin d’être emballée dans du plastique**, certains produits comme le fromage ou le yaourt sont parfois emballés dans du papier ciré ou des pots en plastique. Ils pourraient facilement être remplacés par du papier standard ou du bioplastique.
  • Certains lâchent du méthane plus haut que leurs fesses : ils gonflent ridiculement les prix sous prétexte qu’ils sont de qualité exceptionnelle. Je me souviens qu’un d’entre eux avait décidé de vendre ses poules de Bresse à 60 € la bestiole…

OdG

Vous avez envie de découvrir tous les bons produits de votre région ? Trouvez la Ruche la plus proche de chez vous ou commandez votre panier de légumes auprès d’une AMAP !


Notes : * Le maté est une sorte de thé fort en caféine, ** En attendant de trouver une alternative plus écologique aux normes.