Les déchets organiques ont trop la crotte cote. En plus de faire du pied à l’État lui-même, le poussant à créer de nouvelles lois et directives, qui depuis 2012 s’appliquent aux gros et moyens producteurs, ces indésirables intéressent énormément les particuliers comme les collectivités : on a de plus en plus envie de valoriser ses déchets organiques en les convertissant en compost ou en biogaz.

Que vous viviez en appartement ou que vous disposiez d’un grand jardin, il existe aujourd’hui de nombreux moyens qui nous permettent de donner une seconde vie à ces poubelles. On s’attaque donc à un gros os : compost, biogaz, gaspillage alimentaire à grande et petite échelle… C’est parti, décortiquons un peu tout ça.

Note : N’hésitez pas à consulter les divers liens de l’article !

Quelques bases…

  • Les déchets organiques qui finissent à la poubelle représentent en moyenne 30 % du contenu de votre poubelle.
  • Vous pouvez mettre vos épluchures au compost… Mais si elles sont bio, vous pouvez aussi les manger ! Elles sont bourrées de vitamines et de fibres, et votre poubelle se remplira beaucoup moins vite.
  • En 2010, 47 % des français déclaraient composter leurs déchets de cuisine et déchets verts. C’est chouettement encourageant !

Le biogaz

Jusqu’à récemment, on n’associait pas vraiment les ordures à la production d’énergie : on perdait des ressources, du temps et de l’argent. Aujourd’hui, la transformation des déchets en biogaz commence à prendre plus d’ampleur, permettant ainsi de gagner considérablement en indépendance énergétique.

Le processus de méthanisation consiste à transformer la matière organique par fermentation en un biogaz composé de méthane et de dioxyde de carbone, et en digestat (sorte de terreau). Grâce aux déchets organiques produits par les élevages et les exploitations agricoles, ainsi que, dans une moindre mesure, par les commerces et les ordures ménagères, l’utilisation du biogaz s’incruste timidement dans notre vie quotidienne. Il permet de produire de l’électricité, mais aussi de chauffer des bâtiments, de l’air ou encore de l’eau ; c’est ce que l’on appelle la cogénération. Sous forme de biométhane, sa version purifiée, il peut même être injecté à des réseaux de gaz naturel.

Le processus en images grâce à cette vidéo de l’ADEME  !

Presque tout ce qui est organique peut être transformé en biogaz, de la peau de banane aux restes cuits qu’on n’a pas pu manger, en passant par les fleurs fanées ! Attention : Pas de bois traité, de pierre (cailloux, gravier, sable) ou de litière (bois ou pierre).

Si on a un peu peur de décoller en France, l’Allemagne donne de beaux espoirs sur ce plan : à elle seule, elle est responsable de la moitié de la production de biogaz dans toute l’Europe. Suivons donc l’exemple de Biocoop, qui a, depuis 3 ans, équipé ses camions d’Île-de-France de moteurs qui roulent au biogaz (jusqu’à -100 % d’émission CO2). Allez, sortez vos poubelles, on va poutrer nos voisins germains !

Le compost

Le compost est obtenu à partir de déchets organiques décomposés par fermentation. Voilà, en gros, comment ça se passe :

  1. La décomposition : pendant cette phase, les micro-organismes consomment beaucoup d’oxygène et font monter la température (entre 50° et 80°), favorisant la pourriture des déchets.
  2. La phase thermophile : sous l’effet de la chaleur, toutes les bactéries nocives succombent et le tas de déchets réduit en volume.
  3. Le refroidissement : sa température redescend sous les 30°C, favorisant la prolifération des champignons.
  4. La maturation et la minéralisation : divers êtres vivants, comme des vers, cloportes et autres mille-pattes viennent mettre l’ambiance. Ils vont tout bouloter et parachever la transformation pour mener à… un compost minéralisé et qui regorge d’éléments nourriciers, d’eau et d’oxygène.

Optimisez son compost

  • Brassez régulièrement le compost.
  • Coupez les déchets en petits morceaux, ils seront assimilés plus facilement.
  • Variez bien les déchets : un peu de papier, un peu d’épluchures, un peu de verdure…
  • Soyez patient : la maturation dure plusieurs mois !

Passons aux travaux pratiques : si vous souhaitez installer un composteur chez vous, vous avez le choix entre des bacs à compost (pour les jardins) ou un lombricomposteur (pour tout type de maisons). Vous pouvez facilement en acheter un, mais c’est encore mieux de le fabriquer vous-même !

Le composteur à bacs

>>Cliquez ici<< pour voir comment fabriquer un composteur à base de palettes de récupération. Le présentateur de Rustica propose de lui apporter quelques touches esthétiques, qui sont bien entendu facultatives. Ce composteur étant assez imposant vous pouvez aussi, bien sûr, prévoir moins grand.

Le lombricomposteur

>>Cliquez ici<< pour voir comment fabriquer un composteur d’appartement. C’est très très facile à faire : vous limitez beaucoup votre empreinte carbone et votre portefeuille ne vous en voudra pas. Pour optimiser son entretien, n’hésitez pas à consulter >>un guide<<. Filez de suite commander vos petits vers et mettez-vous au boulot !

STOP ! On ne met pas tout au compost

Yes you can !

Coquilles d’œufs concassées, déchets verts (tonte, plantes fanées…), épluchures, fruits et légumes, marc de café + filtre, cendres

Nein, schlecht !

Produits laitiers et carnés, mollusques, mégots de cigarette, Peaux d’agrumes, de banane + oignons et ail, aliments cuits


Le compostage collectif

De nombreuses communes offrent désormais des solutions pour permettre aux particuliers de composter en toute sérénité. Si vous vivez dans un immeuble bénéficiant d’un espace vert, le compostage collectif est fait pour vous. Les associations responsables se feront un plaisir de vous renseigner !

Le compostage soutenu par la commune (liste non exhaustive) : à Angers, à Versailles, à Lyon, à Paris

Les initiatives de compost partagé : dans les jardins partagés, vous cultivez vos p’tits légumes avec d’autres gens. En plus, la plupart proposent des composts partagés, comme par exemple : en Bretagne, à Lille

Les initiatives anti-gaspi

Tant après transformation du produit qu’avant qu’il n’arrive dans les étals, diverses initiatives, qu’elles soient soutenues par l’État ou par des associations, s’acharnent contre le gaspillage alimentaire. Car valoriser ses déchets, c’est bien, mais en produire moins, c’est mieux !

légumes-moches-MarcelMKT

Les fameux fruits et légumes « moches » (non calibrés donc « invendables ») vendus par la chaîne Intermaché – 2014

Récupération de l’huile de cuisson usagée

Depuis le 1er janvier 2012, le tri et la valorisation des huiles usagées impropres à la consommation est devenue obligatoire pour la plupart des producteurs et entreprises. Parce que oui, l’huile de cuisson est particulièrement chiante à jeter : elle bouche les canalisations, pollue l’eau, et j’en passe et des meilleures. C’est pourquoi des entreprises se proposent de la récupérer pour en faire du biodiesel ou encore, comme l’entrepreneur brésilien dans cette vidéo, du savon. Qui a dit que le milieu de l’écologie n’était pas lucratif ?

Le gaspillage alimentaire à l’école

Je crois que je n’ai jamais bien mangé à la cantine. Il y a eu du mieux au lycée, mais la qualité des produits laissait clairement à désirer : de la conserve, du précuisiné prêt à être réchauffé… Bref, pas foufou. La faute à un modèle qui prône qu’il faut toujours faire plus d’économies, au détriment de la qualité. Résultat, on jette en quantité astronomique.

De plus en plus d’initiatives tentent d’inverser la tendance : réduire les déchets à l’échelle de l’école, voire à l’échelle communale, et permettre aux enfants de manger bon et bio. C’est le modèle qu’a suivi Mouans-Sartoux, une ville dans les Alpes Maritimes. Elle a réussi à réduire « de 80 % ses pertes et gaspillage alimentaire. Elle a pu ainsi passer ses cantines scolaires à 100 % bio à coût constant et favoriser la conversion de ses agriculteurs. » (Source : enquête 2017 ADEME)

D’autres initiatives, comme La brigade anti-gaspi, combattent activement le gaspillage alimentaire dans les cantines. J’ai découvert cette troupe de comédiens lors d’une représentation au Ministère de l’agriculture, pendant les Journées du patrimoine. Leur show à double lecture est absolument époustouflant : ados, adultes et enfants (re)découvrent, de la façon la plus enjaillante du monde, ce qui cloche vraiment dans nos habitudes de consommation. Prendre le temps d’expliquer, ça fonctionne toujours : une des écoles où ils sont intervenus a par exemple réussi à réduire les déchets de la cantine de 30 %. Découvrez le groove écolo de la brigade dans ce >>micro-reportage<<.

En bref…

Le développement des techniques de traitement et de réexploitation des biodéchets est en plein essor, au point que les bus et même certains taxis se sont mis à rouler au biogaz. Au-delà de la valorisation pure, les campagnes de prévention et la conscience collective augmentent, incitant à réduire drastiquement les produits jetés. Par exemple, certaines enseignes de grandes surfaces, agacées de devoir jeter des fruits et légumes abîmés par les consommateurs, ont embauché du personnel de contrôle. Résultat : presque pas de pertes, grosses économies, et création d’emplois.

Donc récapitulons :

  • On arrête de jeter ses déchets organiques à la poubelle d’ordures ménagères. Les municipalités sont de plus en plus ouvertes au compostage et à la revalorisation des déchets organiques.
  • Pourquoi ne pas mettre un composteur chez vous : c’est économique, ludique pour les enfants et pas plus difficile que de recycler du verre ou du plastique. Si vous êtes en intérieur, pensez juste à le vider régulièrement pour éviter les odeurs.
  • Stop au gaspillage : on cuisine ce dont on a besoin (et pas plus !), on finit son assiette, et on récupère les eaux de cuisson pour la vaisselle.
  • On regarde les liens qu’OdG a mis partout dans l’article parce qu’ils sont cools.

Vous avez un lombricomposteur en appartement ? Vous avez réussi à réduire drastiquement le contenu de votre poubelle ? Dites-nous tout, on veut savoir !