Alors qu’il y a 10 ans, on peinait à trouver une pauvre brique de boisson au soja, aujourd’hui on a l’embarras du choix ! De plus en plus d’enseignes proposent une multitude de laits végétaux, au point qu’on ne sait plus trop où donner de la tête. C’est pour ça qu’aujourd’hui, on va faire un petit zoom sur cette pléthore de boissons, en abordant des questions auxquelles on ne pense pas nécessairement. Quid de l’impact environnemental ? Et de leur qualité nutritionnelle ? Allez, on met un peu les mains dans le bousin.

(Article non sponsorisé)

Laits végétaux et impact écologique

Les cultures, lorsqu’elles sont gérées raisonnablement, sont bien moins gourmandes que l’élevage. À titre d’exemple, je vous propose donc tout d’abord de nous intéresser à l’eau virtuelle qu’elles nécessitent. Pour faire simple, l’eau virtuelle est une mesure qui représente la totalité de l’eau utilisée dans un produit fini. Pour référence, la viande de bœuf consomme 13 500 L pour 1 kg ; le fromage nécessite environ 5000 L.

 

Pour 1 kg de produit Pour 1 L d’eau virtuelle
Soja 900
Amandes 1000
Épeautre  1300
Riz inondé vs. pluvial 5000 vs. 1600
Coco  2500

Pour aller plus loin sur la notion d’eau virtuelle, je vous invite à consulter cet article de consoGlobe, qui nuance intelligemment l’impression péremptoire que véhicule ces chiffres.

Zoom sur la culture des amandes : pourquoi ont-elles si mauvaise réputation ?

Quand on compare la consommation en eau virtuelle du soja et de l’amande, on a tendance à se demander pourquoi le lait d’amandes subit de si vives critiques. C’est tout d’abord pour des raisons pécuniaires : ce n’est pas tant à cause de la quantité d’eau nécessaire aux amandiers que de la manière dont ils sont cultivés. Environ 80 % des amandes qui finissent dans nos assiettes, quel que soit le produit que nous consommons, viennent de Californie. Ce monopole, qui génère près de 4 milliards de dollars par an, est malheureusement parfaitement incohérent avec la restriction d’eau en vigueur depuis depuis 2015.

Qui plus est, la sécheresse n’est pas le seul problème : la culture intensive d’amandiers nuit gravement à la santé des abeilles (et on ne dira jamais assez à quel point ces petites bêtes sont fantastiques). Les fleurs d’amandiers californiens étant presque toutes autocompatibles (c’est à dire qu’elles ont besoin d’insectes pollinisateurs pour la fécondation), près d’1,6 millions d’abeilles américaines sont importées en Californie chaque année pour les polliniser. Cela expose notamment les précieux insectes aux pesticides ainsi qu’au stress dû au transport.

Passons à la composition du lait d’amandes (comme la plupart des autres laits végétaux). En gros, c’est 30 grammes d’amandes par brique, le reste, c’est que de la flotte. Cette recette est d’une simplicité si déconcertante qu’elle ne justifie en rien son prix, ni en plus, de se ramasser une brique TetraPack qui terminera à la poubelle deux jours plus tard.

https://78.media.tumblr.com/04dc3e0650606ce4c2687b5b52a60f51/tumblr_ox0v1argkd1qh0nwmo1_250.gif

« Et voilà… On a atterri au Mauvais Endroit, et je sais pourquoi : le lait d’amandes. »

Pour récapituler un peu tout le tralala sur les amandes :

  • 80 % des amandes viennent de Californie. À moins d’habiter sur la côte ouest ou les états avoisinants, c’est pas fifou question exportation.
  • les abeilles sont forcées de polliniser les fleurs des amandiers californiens. Si vous êtes végan, faites donc particulièrement attention.
  • si vous achetez du lait d’amandes pour ses bénéfices sur la santé et non pas pour son goût, mangez plutôt une poignée d’amandes et optez pour un autre lait végétal. Vous pouvez aussi le fabriquer vous-même.
  • si vous vivez dans l’UE, il est possible de trouver des amandes relativement locales (Grèce, Italie, France…)

Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture de cet article de Mother Jones (en anglais), ainsi que cet article de Sciences et Avenir.

Coup marketing, locavorisme et fait maison

Alpro-Promavel, leader des laits végétaux bio

Les produits de la marque Promavel sont particulièrement bien markettés : le design de l’emballage est très joli, la bouteille est ornée d’une quantité de logos verts « eco-friendly » et ils sont souvent mis en valeur dans les rayons des grandes surfaces. En réalité, ce n’est autre que la branche Bio d’Alpro, le géant des laits végétaux qui représente à lui tout seul 43 % de ce marché. Autrement dit, la plus grande partie du marché se répartit en Alpro, et son soja d’agriculture conventionnelle, et Promavel, systématiquement bio et qui vise principalement la génération des millenials.

Cette marque présente indéniablement des atouts : soja (France, Italie, Autriche), riz, avoine et amandes (Méditerranée), noisettes (Italie) proviennent tous d’UE, le siège social est en Belgique, et la production de leurs produits respecte systématiquement la neutralité carbone (c’est à dire que les émissions carbone durant la production sont entièrement compensées, et rien n’est rejeté dans l’atmosphère). Mais le problème, le voilà : bien qu’elle soit réduite, la distance que parcourent ces ingrédients avant la transformation en produit fini reste conséquente, rendant l’argument marketting de locavorisme donné par Promavel quelque peu contestable.

Biosoy, le soja du Sud-ouest

J’ai découvert ce lait de soja par hasard. Alors que je cherchais désespérément une boisson à base de soja français, voici que je tombe, tout en bas du rayon, sur la brique magique : soja français, label bio, sans sucres ajoutés. Comme quoi, il suffisait d’y penser très fort. Pour couronner le tout, c’est une des meilleures boissons au soja que j’aie jamais goûtée, et son prix est raisonnable. Et contrairement à Promavel, l’usine Biosoy, où sont fabriqués divers produits à base de soja, est approvisionnée en récoltes par des agriculteurs dont les exploitations sont situées au maximum dans les 150 km à la ronde. Nous sommes donc loin de l’import inter-UE auquel Promavel doit avoir recours pour acheminer ses matières premières.

Boisson soja marque Soy

Et si vous faisiez votre lait végétal vous-même ?

Le soja du Sud-ouest, c’est bien. Mais sans emballage, c’est encore mieux ! Si vous faites la guerre au TetraPack, je ne saurais que trop vous recommander de faire votre propre lait végétal. Ainsi, non seulement vous avez la possibilité de vous procurer des ingrédients dont vous pouvez vérifier la provenance, mais vous évitez également de faire passer votre lait végétal par toute les phases d’import de matières premières, de préparation, de conditionnement et de distribution. Et pour finir de convaincre ceux qui avaient des doutes, faire son propre lait végétal est d’une simplicité déconcertante (à peu près aussi dur que de faire cuire des pâtes). Je vous invite très très vivement à consulter cette recette que j’ai trouvée sur le blog Jujube en cuisine, que j’avais déjà recommandée dans ma recette de muffins végétaliens.

À lire sur OdG : Muffins véganes choco-orange

Ratio des apports journaliers lipides-glucides

La leçon d’écologie est terminée. Maintenant, passons à l’aspect purement nutritionnel.

Les glucides sont nécessaires pour nous donner de l’énergie. Quand on va marcher toute la journée, faire un effort physique intense ou autre, il serait bien évidemment stupide de s’en passer. Oui mais voilà, on en consomme beaucoup plus que ce qu’on pourrait penser, puisqu’en plus de notre quignon de pain du matin, il faut aussi prendre en compte les sucres ajoutés de tous les aliments transformés… et les laits végétaux n’échappent pas à la règle.

Jusqu’à il y a encore quelques années, c’était du sucre pur. Aujourd’hui, le sirop d’agave a tendance à prédominer. Vous pensez que c’est tant mieux parce que le sirop d’agave a un taux glycémique moins élevé ? Même si c’est souvent le cas, le sirop d’agave, exactement comme le sirop d’érable, n’est autre qu’une sève raffinée : il est donc loin d’être cru ou plus sain que du sucre blanc, et doit donc être consommé avec modération. J’ai également pu constater que certaines marques s’orientent désormais vers le concentré de pommes ou le sirop de lin. À défaut d’être meilleur pour la santé, ces édulcorants ont au moins le mérité de pousser en Europe et donc d’être relativement locaux.

Ainsi, pour éviter de cumuler inutilement la quantité de sucres ingérée, préférez les laits végétaux sans sucres ajoutés. Pour les sportifs désireux de passer à un régime végétal (ou de l’optimiser), je vous recommande cet article du blog No Pain, No Gain sur les Alternatives au lait de vache.

Pensez à bien varier votre alimentation et à ne pas vous concentrer exclusivement sur le soja. Cette légumineuse contient une hormone qu’on appelle isoflavone et, consommée en bien trop grande quantité, risque de perturber le système hormonal, en particulier chez les hommes. Là, j’en vois certains flipper et se dire « Oh la la, je vais balancer tous mes steaks de tofu ! ». Non, s’il vous plaît. Tout est dans la modération ; manger une part de gros gâteau ou une pizza, ou s’enfiler un grand paquet de chips trois fois par semaine sera tout aussi nocif pour votre santé, à la différence que votre mauvaise alimentation nuira à vos artères et non pas à votre système hormonal. Donc, pour ne pas tomber dans l’abus de soja, pensez simplement à varier les légumineuses que vous consommez : lentilles corail, du Puys ou encore beluga, haricots rouges, mogettes, fayots… Vous avez l’embarras du choix !

En somme…

Quand je relis mon article, j’ai l’impression de vous avoir vendu le lait soja comme un aliment magique, écolo et délicieux. On va nuancer un peu ces propos : je ne vous incite absolument pas à changer vos habitudes et à vous faire acheter exclusivement du lait de soja ; tant que vous savez ce que vous consommez et que vous êtes satisfait de votre choix, inutile de changer vos habitudes. En d’autre termes, vous pouvez tranquillement continuer de manger vos céréales au lait de noisettes.

Afin de vous aiguiller dans vos choix futurs, retenez plutôt les points suivants :

  • Faites votre lait végétal vous-même. Vous pouvez choisir vos ingrédients, et donc vous assurer de leur provenance ! Le lait d’avoine, par exemple, est particulièrement rapide à faire.
  • Si vous achetez votre lait végétal, vérifiez sa provenance. Si vous habitez à Berlin, vous pouvez commander votre lait de soja chez Tofu Tussi. Leurs produits à base de soja sont si délicieux que j’ai officiellement élu leur tofu « le meilleur tofu du monde ».
  • Modérez votre consommation de produits à base de soja. Sans aller à n’en manger qu’une fois par semaine, assurez-vous de bien varier avec d’autres légumineuses et féculents.

Vous avez essayé de faire votre lait végétal vous-même ? Vous avez des marques que vous affectionnez particulièrement ? Dites-nous tout !