Le verre, c’est mon grand chouchou. Recyclable et réutilisable à l’infini, c’est un modèle d’économie circulaire. Qui plus est, il est facile à nettoyer et à stériliser sans que sa pureté et sa qualité ne soient altérées – contrairement au plastique – ce qui en fait le meilleur tupperware du monde. Beaucoup d’espoirs ont été fondés sur le recyclage du verre : 100 % du verre qui arrive au centre de tri est recyclé et les usines sont toutes, depuis 2012, équipées de protections qui filtrent 90 % des particules polluantes émises. Mais voilà, casser des tonnes de bouteilles en parfait état pour en faire de nouvelles, probablement identiques, c’est un processus qui peut sembler un peu absurde. C’est pourquoi, depuis quelques années, beaucoup se battent pour le retour de la bouteille consignée en France. Ce système permet de réduire drastiquement les coûts, l’énergie dépensée et les gaz à effet de serre libérés.

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Comment qu’on fait du verre ?

Les premières techniques de verre soufflé remonteraient à -1500 avant notre ère. Il est composé, grosso modo, de 70 % silice (sable qui sert de base), de 20 % de soude (qui sert de liant) et de 10 % de chaux (calcium qui sert de renfort à la structure). Le tout est ensuite chauffé dans un four à environ 1200° avant d’être façonné en diverses bouteilles, bocaux, flacons…

Les usines de production de verre en France sont assez centralisées. Dans le Rapport d’activité 2012 de la Fédération du verre , une étude d’Ernest & Young confirme en effet que « la distance moyenne entre les verreries et leurs clients est de seulement 300 km » et que « les matières premières utilisées par l’industrie verrière sont à plus de 95 % produites en France ». Quelque chose que j’ai adoré encore plus dans ce rapport, c’est d’apprendre que dès qu’ils en ont la possibilité, les verriers préfèrent des modes de transport comme le rail ou le bateau plutôt que le transport routier.

Les différentes couleurs du verre

Les trois couleurs de verre les plus communes sont le vert, l’incolore et le brun. Initialement, le verre n’a pas de couleur, mais la présence d’impuretés dans le sable, comme les sels de fer agissent sur la couleur que le verre prendra. Les verriers qui ne souhaitent pas obtenir de verre teinté (en particulier pour les vitres), le coulent sous atmosphère d’hydrogène afin d’atténuer les risques de coloration.

Le recyclage du verre

Quand vous n’avez plus besoin de votre récipient en verre, vous le déposez dans un conteneur dédié. Les bouteilles sont ensuite collectées puis broyées, et ces bris de verre, le calcin, sont envoyés chez les fabricants. Plus la quantité de verre à recycler est grande, moins le coût en énergie et en matière première est élevé.

Les avantages du recyclage

Le recyclage présente des aspects positifs sur l’environnement absolument indéniables. Chaque année, grâce au calcin utilisé lors du recyclage du verre, c’est 2 millions de tonnes de silices en moins extraites des carrières par an. Recycler, ça permet aussi d’abaisser le point de fusion des fours, permettant d’économiser de l’énergie et de réduire les réjections de CO2. Par exemple, 1 tonne de verre réintroduit dans les verreries évite le rejet de 500 kg de CO2 (ça fait 3 000 km en voiture). Aujourd’hui en France, c’est presque deux tiers du verre fabriqué qui est issu de verre recyclé ; au total, le recyclage du verre a permis, en 2012, de réduire la quantité de déchets ménagers de 2 millions de tonnes.

Le recyclage en fonction des couleurs

En fonction du mélange de couleurs des calcins, la couleur du verre refondu peut grandement varier. Dans beaucoup de pays européens, on sépare les différentes couleurs dans les conteneurs de tri. Cependant, grâce à un tri optique après calcination (le démélange), il est tout de même possible de séparer le verre incolore du verre coloré.

Le verre incolore est pur. Pour en refaire, il faut ajouter au calcin au moins 1/3 du volume de matières premières. Il faut également s’assurer d’utiliser du calcin blanc. C’est donc grâce à la phase de démélange qu’on peut tout de même fabriquer du verre blanc à base de calcin.

Le verre vert en réalité, est très souvent un joyeux mélange de calcins. Pour le recycler, il est tout à fait possible d’utiliser du calcin de verre blanc (jusqu’à 15 %).

Le verre brun, tout comme son homologue incolore, est pur. C’est à dire que pour le recycler, il faut un calcin brun. Il a le gros avantage de ne pas laisser filtrer la lumière.

Ce qui va à la benne de recyclage, ce qui n’y va pas

Pour les bouteilles et les pots de confiote, pas de problème, en général, on sait où ils vont. Mais dès qu’il s’agit d’un flacon de parfum ou d’un verre à pied, on est tout de suite paumés. Pour faire simple, tout contenant destiné à l’emballage finit au tri. Mais pourquoi ne peut-on pas aussi y mettre nos verres à vin cassés, nos bris de vitres, et autres moules en Pyrex ? C’est parce que ces objets sont chauffés à des températures différentes du verre d’emballage, ou que leur composition comporte certaines spécificités. S’ils peuvent être recyclés, il doivent être déposés à la décharge.

Oui, je peux les mettre dans le conténaire : bouteille, flacon de parfum, pot de confiture

Non, je dois aller à la décharge : vitre, ampoule, vitrocéramique, pare-brise, vaisselle « en verre » (en fait, c’est de la céramique), Pyrex, cristal, miroir, verre coloré, porcelaine, faïence, carrelage

(Découvrez tous les chiffres du recyclage du verre sur le site de Verre Avenir)

La consigne

Par rapport à la consigne, le recyclage c’est un peu « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ». Alors que les cafetiers renvoient encore chaque année 40 % de leurs bouteilles en verre pour nettoyage et remplissage, économisant ainsi 500 000 tonnes de déchets par an, les particuliers ne pratiquent plus la consigne depuis les années 80. La faute uniquement à un argument purement marketing sorti dans les années 70 : « C’est plus sûr : non consignée, la bouteille ne sert que pour vous, elle ne sert qu’une fois ; vide, on la jette, elle ne revient pas. » Tristesse.

Économiquement et écologiquement viable

Consommer moins de ressources naturelles et réduire ses émissions en CO2, ça rend tout moins cher. Dans cet entretien, un ingénieur de la CIVED soulève des points très pertinents. Non seulement les emballages consignés coûtent bien moins cher à la collectivité que le recyclage, mais ils permettraient également de réduire drastiquement l’utilisation de matières premières et les émissions de particules polluantes.

Comparatif CIVED Verre produit-recyclé-consigné_ODG

De gauche à droite : 1 = verre produit non recyclé, 2 = verre recyclé, 3 = verre consigné

Grâce au système de nettoyage, une bouteille consignée est en moyenne réemployée jusqu’à 20 fois. Au final, le processus de consigne permet de réaliser de grosses économies par rapport au système actuel, 100 % recyclage :

  • -75 % d’énergie utilisée
  • -80 % d’émission de gaz à effet de serre
  • -30 % d’eau utilisée avec des bouteilles consignées qu’avec le recyclage
  • seulement 5 % des déchets qui finissent au recyclage

 Bénéfique sur le plan social

En Allemagne, c’est depuis 2003 que le système de bouteilles consignées a repris. C’est un domaine qui permet la création de nombreux emplois dans la manutention, la collecte, l’entretien des machines, le nettoyage… Petit bonus : en plus des bouteilles de bière et d’eau ainsi que des canettes, certains pots de yaourt en verre sont également consignés (ça tombe bien, j’adore le yaourt).

Un résumé éclair du système de consigne de la FNH

 

La consigne en France

À l’heure où le Zero Déchet a tellement la cote que son mot-dièse est particulièrement populaire sur Twitter, toute la France se bouge pour faire revenir la consigne sur le devant de la scène.

Le système de consigne Jean Bouteille, originaire du Nord, s’est déjà étalé partout en France, jusqu’à la Réunion. Bouteilles de vin, d’huile, de vinaigre… Toutes ces bouteilles peuvent être utilisées à volonté et reconsignées à tout moment.

Dans le Jura, Clus’Ter s’est lancé dans la consignation des bouteilles de vin. À l’heure actuelle, 6 formes de bouteilles peuvent être ramenées dans les magasins partenaires pour nettoyage.

Enfin, à Lyon, l’initiative Consilyon se bat pour réinstaurer le système de consigne. Elle propose entre autres d’offrir une accessibilité optimale, qui couvrirait à la fois les zones rurales comme urbaines.

À lire : La magie du vrac

En bref…

Le recyclage du verre est plutôt bien entré dans les mœurs : 74 % du verre finit au tri, et 100 % de ce verre est recyclé ! Le système de consigne, lui, est tout aussi simple (et c’est marrant de mettre les bouteilles dans la machine) et engendrerait des économies budgétaires non négligeables pour la collectivité. Un programme qui fait rêver, mais qui a encore quelques brindilles dans les roues. Car si l’on aura bientôt la possibilité de ramener nos bouteilles de pinard vides à l’épicerie du coin, la guerre aux déchets n’est pas gagnée !

Voici quelques fronts sur lesquels nous devons encore nous battre :

  • Les pots en verre (compote pour bébés, confiture…) ne sont pas pris en charge par le système de consigne allemand ou belge. Il est, à mon sens, nécessaire d’établir des tailles standard qui permettraient également la collecte de ces contenants. En attendant…
  • ne jetez plus vos pots et bouteilles : gardez-les et utilisez-les pour faire vos achats en vrac ! Stockez-y l’huile, les lentilles, la confiture etc.
  • Les pots de yaourt jetables et les briques de lait pourraient disparaître de nos rayons et être remplacés par des bouteilles et grands pots en verre. C’est déjà le cas, à petite échelle, dans certains pays. Je n’achète plus mon yaourt qu’en gros pots en verre consignés*, et ça ne me revient pas plus cher que de prendre des petits pots.
  • Réduire le poids de certains contenants utilisés permet d’économiser de la matière première. C’est le modèle qu’a suivi la bouteille champenoise, passant de 900 g la bouteille à 835 g.

 

Si vous aussi, vous amenez votre soupelette au travail dans vos vieux pots de cornichons, laissez un commentaire à la fin de cet article !

 

 


Notes :

* Ne vous leurrez pas, il y a tout de même masse de yaourts emballés individuellement vendus en Allemagne. Les pots en verre ne représentent qu’un tiers du rayon.

**Attention, au Québec, la situation concernant le recyclage est légèrement différente qu’en Europe. Je vous invite à vous référer à cet article assez complet pour plus de détails.

Photo by romanboed